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La fête des ancêtres défunts : Obon

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Festivals en août

Festivals en août

Du 7 au 16 août se tient une fête très importante au Japon, la fête des ancêtres défunts : Obon.
A cette occasion, les ancêtres quittent leur monde pour rejoindre celui des hommes.

Dans le shintoïsme, la croyance très ancienne veut que les âmes des défunts se rassemblent au sommet des montagnes pour devenir des kami (dieu). Ils redescendent ensuite sur terre pour occuper leur fonction (dieu des récoltes, d’une rivière, d’une montagne, etc…), présents dans la communauté même s’ils occupent un autre plan astral. Il n’est dès lors pas étonnant que dans la croyance des hommes, ils voyagent entre les deux mondes.

Durant l’année, on honorait la mémoire des ancêtres à 4 reprises : au nouvel an, à l’équinoxe de printemps, à la mi-août, à l’équinoxe d’automne.

Lorsque le bouddhisme fit son apparition la Cour et la noblesse japonaise commencèrent à pratiquer ses rites. Au milieu du 7ème siècle, on observa les pratiques de la Cour de Chine dans le culte des ancêtres dont l’origine était bien différente.


Un des disciple de Bouddha voulut savoir comment s’était réincarnée sa mère. Il utilisa ses pouvoirs surnaturels pour le savoir et découvrit avec horreur qu’elle était tombée dans la voie des revenants et errerait dans ce cycle condamnée à une faim et une soif éternelles. Mahâ Maudgalyâna prit conseil auprès de Bouddha afin de soulager les effroyables tourments de sa mère et ce dernier lui conseilla de faire des offrandes aux moines ayant achevés leurs pratiques ascétiques du septième mois . Le disciple fit ce que lui recommandait le Bouddha et sa mère sortit du cycle infernal et atteignit le paradis. Le sutrâ de la douleur extrême qui conte cette histoire dit que les actions méritoires de Mahâ rejaillirent bien au-dela de ses espérances et touchèrent sept générations de ses ancêtres.

Cette coutume pour tenter de gagner l’entrée au paradis de ses ancêtres ainsi que de sa propre personne se propagera au peuple au 12ème siècle. La similitude en plus de la proximité des deux fêtes et la cohabitation des deux religions dans le pays verra finalement la fusion des deux rites en la fête actuelle : Obon.

Les étapes de la fêtes

La décoration de l’autel bouddhique familial

Chaque famille possède son autel domestique que l’on nomme Butsudan, une armoire contenant une représentation de Bouddha (rouleau enluminé ou statuette) des ornements en forme de lotus qui symbolisent l’illumination et les tablettes funéraires des ancêtres (aujourd’hui viennent s’ajouter leurs photos).
A l’occasion de Obon on ajoute d’autres décorations à l’autel familial. Les enfants s’amusent à tailler dans des aubergines ou des concombres la forme de chevaux, on y dépose aussi des échelles miniatures, des lotus rouges. Tout ceci à une valeur symbolique, les « chevaux  » permettent aux ancêtres de voyager plus vite de leur monde au nôtre, les lotus rouges représentent des lanternes qui vont éclairer leur chemins et les échelles miniatures les aideront à rejoindre l’autel familial.
La famille dépose ensuite des mets en offrande devant l’autel dans des plats blancs (couleur du deuil au Japon).

Le pélerinage des Six Voies

Après l’accomplissement des rites à la maison, la famille se rend dans un temple bouddhique accomplir « le pélerinage des Six Voies ». De quoi s’agit-il ?
Selon les temples, le déroulement diffère un peu mais on peut en retirer de commun

- l’appel aux ancêtres. Les vivants se rassemblent dans la cour du temple et sonnent la cloche, espérant par là attirer l’attention des ancêtres et les appeler à les rejoindre.
- Le sermon d’un prêtre expliquant les tourments des esprits destinnés à se réincarner dans les Six Voies. Au temple Saïkufuji (Kyôto) que l’on dit à la limite du monde des esprits et des Six Voies, le prêtre commente à l’aide d’une baguette des peintures représentant les tourments de la réincarnation dans ces Six Voies : le passage de la rivière marquant les deux mondes, la comparution devant Emma, dieu des enferts, les neuf étapes du retour sur terre allant de la décomposition du cadavre au retour de l’âme, bref de quoi fournir sans souci des raisons de prier pour ne pas être condamné à un tel sort !

L’apaisement de l’extrême douleur

Emma ouvre les portes des enfers le 1er août pour permettre aux défunts de rejoindre leur famille, ils seront accueillis dans l’autel bouddhique, nourris des offrandes et leur famille leur conteront les évènements de l’année. Durant Obon, les familles tâchent d’être suffisamment vertueuses pour briser par leurs actions et leurs prières le cycle de réincarnation des Six Voies et offrir à leurs ancêtres le paradis.

Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir de la famille comptent sur la mansuétude des moines bouddhistes pour implorer Bouddha lors de la danse dite des « Six Jours de Purification » . En dehors de Obon, les moines, six jours par mois, se livrent à des rites ascétiques et à des danses au son d’une flûte et d’un gong afin de soulager ces âmes tourmentées.
Ces danses au fil des siècles se sont enrichis d’éléments de danse populaire et des théâtres nô et kabuki et l’on assiste maintenant à de véritables spectacles aussi bien théâtraux qu’accrobatiques.

Le renvoi des défunts dans leur dimension

Le 16 août au soir, Obon se termine et les défunts rejoignent leur demeure avant que Emma ne referme les portes des Six Voies. Pour célébrer ce retour, traditionnellement, on jetait des torches enflammées afin d’éclairer le chemin et qu’aucun défunt ne perde son chemin (rite du renvoi) ce qui aurait eu de désastreuses conséquences. Ce rite sera ensuite transformé en bûchers érigés à flancs de colline.

Le plus impressionnant se déroule à Kyôto et rappèle les gestes de Kukai, fondateur de la secte Shingon qui au 9ème siècle aurait sur ordre de l’Empereur apaisé les esprits en faisant ériger sur le mont Niyoigatake des dizaines de bûchers formant l’idéogramme de l’éveil (Daï). L’évènement était tel, les bûchers si imposants que l’on raconta qu’on pouvait voir l’idéogramme aux 4 coins de la ville impériale et qu’il se refléta dans l’étang impérial du palais.

De nos jours, des fidèles se rassemblent au pied du mont le matin du 16 août et gravent sur les bûches une prière puis on transporte les bûches selon un itinéraire précis sur le site des six bûchers . Un peu avant 20 heures, les lumières de la ville s’éteignent et des volontaires surveillent la mise à feu des bûchers, leurs flammes montent vers le ciel pour accompagner les prières des fervents et accorder aux défunts le paradis bouddhique. De dimensions impressionnantes (160 m de long sur 80 de large), c’est l’un des cinq plus importants « feu de renvoi » qui va former successivement les idéogrammes de l’éveil spirituel bouddhique (daï-monji), de la doctrine miraculeuse (myô-ho), le dessin d’un bateau (funagata) qui transporte les défunts, celui de l’adjectif « grand » dans l’éveil bouddhique ( hidari daïmonji) et enfin le dessin d’un portique shintoïste (toriigata) symbolisant l’entrée vers l’autre monde.

Dans les villes portuaires, on rencontre une variante de ce « feu de renvoi », les pélérins mettent en effet à l’eau de frêles embarcations munies de lanternes et d’offrandes pour reconduire les esprits des défunts.

Cette fête comme celle du celle du nouvel an occasionne de grands déplacement car chaque japonais retourne (en principe) dans sa province natale pour honorer ses ancêtres. De nos jours les employés obtiennent comme les serviteurs dans le passé,  un congé pour retourner chez eux célébrer Obon dans leur famille.

Je vous ferai encore part de deux petites croyances populaires qui racontent que capter dans son saké le reflet des feux de renvoi, tout comme récolter une petite partie des cendres d’un des bûchers quand celui-ci a été consumé et le mélanger à l’eau avant de le boire, protègeraient tous deux de la maladie pendant 1 an.

Voilà j’espère que vous en aurez appris un peu plus sur cette fête et le culte des ancêtres au Japon

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