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Le kyudô : la voie de l’archerie japonaise – Première partie

Guerrier et bushido, Inspiration jeu de rôle Ajouter un commentaire
Kuydo, le tir à l'arc au Japon

Kuydo, le tir à l'arc au Japon

« Au 12ème siècle à la bataille de Yashima, clan Minamoto contre Taira, Nasu no Yoichi frappa en signe de défi l’éventail d’un ennemi placé sur une perche. Non seulement il toucha l’éventail mais sa flèche vint se loger à l’endroit exact du clou qui retenait les lames de bambou de l’éventail ».

Ce tir exceptionnel est resté dans les mémoires et a traversé les siècles. C’est à sa lecture que j’ai commencé mes recherches sur le kyudo, « la Voie de l’Arc ».

Je vais essayer de vous présenter les choses de manière simple mais précise en divisant en plusieurs parties ce dossier car le sujet est vaste.
Tout d’abord, nous allons nous attacher aux étapes du tir, ensuite les difficultés de l’archerie japonaise mais aussi ses différences par rapport à l’occidentale et enfin il nous faudra aborder l’équipement de l’archer, sa description, sa conception.
Une fois encore, cet article ne sera pas exhaustif car il existe de nombreux ouvrages sur le sujet. Je terminerai d’ailleurs ce dossier sur le kyudo par de petites références lecture sur le sujet et une inspiration de personnage pour le jeu « Le Livre des Cinq Anneaux ».

Prologue

Comme dans toute discipline martiale, l’esprit doit être libre de toute contingence matérielle pour pleinement servir son pratiquant. Ainsi le kyudojin (archer) ne se contente pas uniquement de répéter les gestes de son art, de se positionner par rapport à la cible, d’estimer sa distance ou sa hauteur au moyen de sa vision mais vient la compléter de sa sensation de la cible, de celle de son arc, de la flèche, de l’union qu’ils forment avec son propre corps.
Loin de provoquer des mécanismes de lassitude, même après plusieurs années de pratique, l’archerie laisse une part à l’improvisation, à la variabilité car deux tirs ne seront jamais identiques.

Dans la pratique traditionnelle et formelle, un seul archer est autorisé à tirer à la fois et chaque archer ne peut décocher que deux flèches. Bien que la modernité propose aux archers des salles d’entrainement, bien qu’il y ait des démonstrations, des tournois, des cérémonies de tir à l’arc, spécifions que le tir à l’arc japonais est une activité intime. Ainsi pour sa pratique, le kyudojin construit chez lui ou dans un endroit retiré, calme et proche, un pas de tir ou yumida. Deux auvents de taille différente vont abriter la cible et l’archer, un sentier de gravier relie les deux permettant à l’archer d’aller récupérer ses flèches.
Le kyudo est donc très rarement pratiqué en pleine nature, dans un champ, une forêt, etc…

Les étapes du tir

1. La position : elle est la base de tout tir, le corps ne peut-être rigide, tendu mais la position prise par l’archer doit être solide comme un roc. L’archer après avoir placé les flèches face à la cible présente son côté gauche face à la cible avançant son pied gauche vers cette dernière. Le pied droit fait un pas en arrière du gauche dans le même axe. Comme pour la flèche que nous verrons plus loin en détail, la distance entre les pieds de l’archer varie, elle représente la longueur de sa flèche moins trois à cinq centimètres maximum. Pour assurer la fermeté, les genoux doivent être biens droit, les articulations poussées en arrière, sans flottement.

2. La préparation ou yugamae : plusieurs étapes.

  1. L’archer s’avance d’abord sur la position à partir de laquelle il va tirer. Il tient son arc devant lui et vers le bas. La partie basse de son arc est à quelques centimètres du sol.
  2. L’archer va lever son arc droit devant lui et engager sa première flèche.
  3. La seconde vient ensuite se placer en-dessous, parallèlement à la première, les plumes vers l’avant. C’est le quatrième et le cinquième doigts de la main gauche qui la retiennent.
    La main, l’arc et les flèches ne doivent faire qu’un , recouvrant la cible comme en combat réel.  Le placement de cette seconde flèche recouvre bien des formes de présentations esthétiques. Visuellement, l’encoche de la seconde flèche se trouve sous la pointe de la première et sa pointe se situe à moins de deux centimètres de la corde.
  4. Tenant l’arc et les deux flèches de la main gauche, l’archer lève la main droite et vient saisir la corde avec son pouce.
  5. Il lève ensuite son arc jusqu’à ce que les flèches arrivent au niveau des yeux, la corde est verticalement droite devant l’archer, il prend sa position définitive à savoir, présenter son côté gauche à la cible, le pied gauche s’avance vers cette dernière, le pied droit recule d’un pas dans le même axe.
  6. Une fois cette position prise, l’arc est légèrement abaissé de manière à ce que la pointe inférieure soit près du genoux gauche tandis que la main droite amène la corde près de la hanche droite. Les muscles des bras et des épaules sont relâchés, l’arc « pivote » dans la bonne position, un peu orienté en avant et légèrement sur le côté droit.
  7. L’archer fait une pause pour recentrer son esprit, certaines écoles préconisent là une respiration profonde comme celle que l’on effectue en méditation.
  8. Déjà sous tension, la main droite va continuer sa traction sur la corde jusqu’à ce que le troisième et le petit doigts puissent saisir la pointe de la seconde flèche et la coincer entre la paume de l’archer et ses doigts découverts. L’archer la laisse pendre en respectant un angle qui visuellement est du plus bel effet.
  9. La première flèche est lâchée lorsque la traction de la main droite a amené la corde derrière l’oreille de l’archer. Le coude doit être dans l’alignement des épaules, la traction de la corde se fait sur l’épaule du bras qui tire.
  10. Pour le tir de la seconde flèche, la main droite saisit la flèche et  l’encoche du pouce glisse sur la corde jusqu’à se placer jusqu’à environ quinze centimètres sous le point où la flèche est engagée.
  11. L’archer doit ensuite glisser l’encoche du pouce le long de la corde jusqu’à effleurer la flèche. Cette étape est très délicate car le moindre faux mouvement risque de faire sauter la flèche de son encoche . Beaucoup de pratiquant préfèrent poser la seconde flèche au sol ou contre leur hakama (pantalon large) plutôt que de passer cette difficile étape. Dans ce mouvement de remontée, le pouce et les deux premiers doigts doivent former un V en étant bien écartés.
  12. L’archer referme sa prise en plaçant ses deux doigts sur l’extrémité de son pouce. Il doit faire attention à ne pas relâcher la position des coudes en faisant cela mais les garder relevés. Les muscles des deux bras doivent êtres souples et non tendus.
  13. La seconde flèche peut être tirée.

Une petite vidéo pour illustrer tout cela. Elle est en anglais, réalisée par Empty Mind Films mais elle montre le cérémonial du mouvement avec lenteur ce qui permet une excellente visualisation. Deux variantes par rapport à mon explication, à savoir qu’en tournoi ou en démonstration, l’archer effectue la mise en place des flèches, agenouillé. Les hommes dégagent aussi généralement leur bras gauche de la manche du kimono.
Maintenant chaque école diffère dans des détails, dans son esthétisme mais tous s’accordent sur l’essentiel dans le plus pur respect de l’esprit du kyudo.

Image de prévisualisation YouTube

Fin de la première partie.

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